Être bon père de famille en temps de crise[1]
Le propos de ce petit billet d’humeur porte sur l’attitude du « bonus pater familias », le bon père de famille face aux effets des politiques de nos instances européennes et nationales pour diminuer la dette publique et relancer l’inflation ainsi que l’activité économique.
Au départ, cette notion de droit civil vise un comportement dans une situation donnée, qui sert de référence. Passée dans le langage courant, elle désigne l’individu qui fait preuve, dans la gestion des choses, de prudence et de diligence, et qui se soucie des intérêts et des biens sous sa garde / son autorité.
Si on peut dire que le 21ème siècle politique a commencé avec le 11 septembre 2001[2], le 21ème siècle économique et financier a lui, débuté avec la crise financière de 2008 qui n’en finit pas de finir. Les problèmes que nous connaissons aujourd’hui encore sont des répliques du tremblement de l’époque.
Ce qui m’interpelle et qui me rend perplexe, c’est l’impact socio-économique sur le bon père de famille.
Jusqu’à présent, il affectait une part de ses revenus à la constitution d’une poire pour la soif, bref à une épargne[3]. Il bénéficiait auprès de sa banque d’une rémunération de son épargne, sans risque, qui offrait l’avantage de compenser plus ou moins compenser l’érosion monétaire du moins encore dans un passé récent.
Seulement voilà, après 2008, les politiques d’austérité dans un 1er temps et la politique monétaire de la BCE[4] sont passées par là. La 2ème a eu surtout pour effet de tendre les taux sur dépôts vers zéro.
Le bon père de famille se trouve maintenant pris en étau. Pour espérer un meilleur rendement ou pour ne pas ‘trop perdre », le voilà contraint de prendre des risques. Voilà qui contraste avec la vertu de prudence qui le caractérise. Et ne pas en prendre est incompatible avec son souci des intérêts des avoirs dont il a la garde.
Il y a donc un changement de paradigme à considérer.
L’une des espérances de ces politiques, c’est de voir une partie de cette épargne passer dans l’économie réelle, soit via les placements en bourse, fonds, private banking, soit directement aux entreprises dans leur capital ou via les corporate bonds [et le crowfunding (pour les start-up)].
D’ailleurs, le discours ambiant actuel est adapté pour attirer les chalands. D’éminents économistes n’ont de cesse de répéter par médias interposées, qu’il est logique que celui qui prend des risques soit plus rémunéré.
Certes, mais dire qu’à long terme (et qu’est-ce que le long terme ?), la bourse rapporte toujours plus et que l’investisseur sort gagnant, relève non pas du mensonge mais d’une forme de leurre. Ce n’est pas une vérité absolue ou scientifiquement prouvée.
Ce qui me fait dire qu’(e) :
- Avant d’être employé, ouvrier ou petit indépendant, l’individu devrait être d’abord « homo economicus ».
- Comme, il ne l’est généralement pas, il devra toujours confier ses avoirs à des tiers spécialisés. Bref le private banking a encore du potentiel.
- Et même si c’était le cas, il sera toujours de la revue tant il y a inégalité de traitement entre les petits investisseurs et les professionnels de la finance.
Et il se trouvera sans doute, toujours un ministre qui déclarera que placer dans tel(le)s actions, fonds, obligations c’est agir en bon père de famille. Et lorsqu’un nouveau crash surgira, il rétropédalera en disant : « le citoyen de ne doit perdre de vue que c’est toujours du capital à risques »[5].
Enfin, selon les médias, notre bon père de famille continue d’épargner puisque les dépôts augmentent encore et toujours. Mais qu’en sera-t-il le jour où les taux sur dépôts entreront en terre inconnue, c’est-à-dire lorsqu’ils deviendront négatifs ce que d’aucuns prédisent ?
12/06/2016
[1] D’avance mes excuses si mon orthographe latine est incorrecte. Je remercie celui ou celle qui me corrigera J.
[2] New-York – Twins Towers pour ceux qui auraient déjà oublié.
[3] Environ 260 milliards EUR pour la Belgique, soit 60% de la dette publique (440 milliards EUR).
[4] Quantitative Easing.
[5] Le Ministre des Finances lors de la débâcle de la Banque Fortis en 2008.