Le 21ème siècle est définitivement entamé. Il devient impératif à mon sens, de repenser l’État et son rôle.
Tout le monde en convient : l’État-providence du 20ème siècle a vécu. Il a montré ses limites surtout budgétaires et financières, dans un environnement économique où la solvabilité des États est scrutée par les marchés et les agences de notation.
C’est aussi tout le débat sur la société de demain qui se profile en arrière-plan.
Souhaitons-nous une société qui sera :
- Une somme d’individus stimulés par l’esprit de compétition où seuls émergent les plus forts, aisés, capables, compétents, … et où domine exclusivement le pouvoir de l’argent avec une forte dualisation comme conséquence, ou au contraire ;
- Une collectivité d’individus où la solidarité est une valeur fondamentale (parmi d’autres), et qui constitue un socle commun concrétisée par des systèmes d’aides et de prestations pour tout.
Il ne faut pas être grand clerc pour « sentir » que ni l’une ni l’autre de ces sociétés ne sont souhaitables ni tenables.
La société « idéale » se situe et devra encore se situer quelque part entre ces deux extrêmes. Toute la question sera de savoir où situer le curseur.
Seulement, préalablement à cette réflexion fondamentale, il y en a une autre qui me paraît de plus en plus urgente à faire, tant elle va impacter l’avenir, le nôtre et celui des générations à venir. C’est même, à mon intuition, une condition sine qua non pour refondre la conception de l’État et de son rôle. C’est celle qui devrait porter sur le traitement des endettements actuels des États.
Dans la foulée de la crise de 2008, on a pris conscience de cet endettement surtout quand il a été consécutif au sauvetage avec des deniers publics, d’institutions financières en difficulté à la suite des positions importantes qu’elles avaient dans certains produits dits toxiques[1].
Depuis, bon nombre d’éminents économistes pointent régulièrement cet endettement comme une sorte d’épée de Damoclès sur la tête des États et comme une cause possible voire même probable du prochain Armageddon financier.
Comment donc réduire cet endettement ? Car il n’y aura que réduction et rien d’autre. Un État sans dettes est et restera un mythe.
Diverses possibilités existent mais elles exigent la plus extrême des prudences dans leur éventuelle application tant leurs conséquences peuvent être à la fois imprévisibles et catastrophiques.
Quelles pourraient être / sont ces mesures ? :
- Effacement d’autorité d’une partie de dettes : c’est la mesure « bazooka », la pire des solutions. C’est celle qui équivaut au défaut de paiement. Elle entrainerait une défiance des créanciers (nationaux et internationaux) à l’égard du pays. Les conséquences négatives sur l’économie seraient incalculables ;
- Dévaluation de la monnaie : elle augmente la compétitivité économique (au bénéfice des exportations) mais elle appauvrit le créancier ;
- Création d’inflation : on avilit la monnaie (par la planche à billets). Même effet sur le créancier mais aux dépens de la compétitivité ;
- Alourdissement de la fiscalité : c’est la voie la plus courante. C’est surtout douloureux pour les habitants qui voient leur pouvoir d’achat se réduire. La conséquence est donc potentiellement une diminution de la consommation intérieure et une fuite des capitaux à l’étranger.
Mesure (entre autres[2]) déjà utilisée à Chypre : la taxe[3] sur les dépôts en banque.
- Perpétualisation de la dette : on rembourse une dette en créant une autre (à des conditions de taux plus favorables si possible). On ne résout rien, on perpétue en gardant le total de l’endettement sous contrôle.
Cette énumération de mesures est faite ex cathedra. Elle ne tient pas compte de la réalité.
C’est ainsi que vous n’avez pas déjà tous les leviers en mains si vous faites partie de l’Union Européenne (UE) et de la zone Euro. C’est elle qui détermine la politique monétaire (via la BCE). C’est elle qui surveille votre politique budgétaire. C’est elle qui a fixé / fixe les normes en matière de déficit (endettement) excessif.
C’est clair aussi qu’une dévaluation de l’Euro serait impensable (mais on ne sait jamais). De même pour l’annulation (d’autorité) de dettes d’un pays membre[4].
On notera que la politique monétaire actuelle de l’UE (Quantitative Easing) vise à réduire la dette de certains pays membre sans toutefois l’annuler (par réescompte des dettes d’État) et qu’elle ne porte actuellement pas ses fruits puisque l’inflation est anémique et le regain d’activité économique insuffisant (pas encore diront les optimistes).
C’est elle aussi qui devrait aboutir à une harmonisation fiscale entre les pays membres (en cours mais loin d’aboutir). En attendant, chaque pays reste souverain dans cette matière.
Ensuite, il serait souhaitable que l’UE songe elle-même à se réformer, à repenser sa gouvernance. Et là, ça relève du politique. Refondre l’Union Européenne avant de repenser l’État (membre) et son rôle.
Pour terminer ce billet, il n’est pas inutile de signaler que certains économistes (autres que ceux dont il est fait état plus haut) prônent de s’endetter davantage et donc de revoir les règles européennes en matière de déficit.
Voici ce que disait le professeur Paul De Grauwe[5] : « Certaines personnes me rétorquent que mon approche contribuerait à augmenter la dette qu’hériteront leurs enfants ou petits-enfants. Je pense au contraire que ces mêmes enfants et petits-enfants reprocheront demain à la génération actuelle de ne pas avoir fait ces investissements[6] (…) ».
Encore un petit détail : je vis dans un État fédéral (et peut être bientôt confédéral). Les entités composantes, actuelles et futures, devront être incluses dans la réflexion sur cette conception pour le 21ème siècle de l’État.
19/06/2016
[1] Je ne vais pas refaire l’historique mais voir subprimes, CDO, etc., …
[2] Limitation des espèces en circulation par restriction sur les retraits d’argent.
[3] Si mes souvenirs sont bons : 10%
[4] Cela fut envisagé pour la Grèce mais plusieurs pays (créanciers) dont l’Allemagne s’y sont opposés.
[5] Journal “La Libre” du 18/19 juin 2016.
[6] Dans des projets visant à améliorer la mobilité.