Lettre à France

marianne

Très chère France,

Douce France,

J’aurais aimé ne pas t’écrire cette lettre ou alors une autre, bien différente, toute empreinte de la joie que j’ai de te connaître.

Et pourtant, chère amie de toujours, il faut que je t’adresse cette prière.

À quelques mois de tes nouvelles épousailles, je te sens, confusément, sur le point de commettre l’irréparable. Car irréparable ce sera. Celui de te donner à quelqu’un qui n’en vaut pas la peine, qui ne te mérite pas.

Il est vrai que ceux qui, ces dernières années, ont tenu ta main et partagé ton intimité, ne t’ont pas fait rêver, ni toi ni tes enfants. Ils ne furent que désillusions et de clownesques amants.

Je n’habite pas sous ton toit mais même loin, là où je suis, je perçois ton malaise, ton mal-être.

Je comprends que tu aspires à un grand coup de balai, que tu cherches un changement radical. Tu te cherches un nouvel amour. Et tes extrêmes te démangent, surtout ceux de droite.

Les noces n’auront lieu qu’en avril. Mais ils sont déjà nombreux tes courtisans à se bousculer au portillon. Mais aucun n’a ce charisme qui enchantera tes enfants, qui fera rêver et donner espoir aux gens.

Et puis ils parlent tous de changement ces prétendants. Mais de quel changement ? Rien de ce que je peux voir et entendre me rassure. Ton avenir et celui de tes filles et fils m’inquiète ? Les uns annoncent ceci, les autres cela. Tous ont la panacée, le traitement adéquat pour te revigorer et te redonner des couleurs.

Peu de mots, je trouve, sur le rassemblement de tes enfants de tous âges, de toutes couleurs, de toutes classes dans une unité nationale pour faire face aux changements qui arrivent.

Et puis il y a plus inquiétant : ceux qui tentent de te faire croire par des arguments aux accents souverainistes, passéistes, voire obscurantistes que c’était mieux avant. Avant quoi ?

Avant que toi, France, tu ne présides, avec d’autres, à la naissance de l’Union. Avant que tu n’apportes ta pierre à la construction de ce grand club qui pendant plus de 7 décennies a contribué à la paix en Europe et à une plus grande prospérité.

Et puis, vois-tu, forte de ta révolution de 1789, de ces trois mots que sont ta devise, de ta déclaration Des droits de l’homme et du citoyen qui en a inspiré une autre, plus universelle, de tes Lumières que tu as portées en ton sein, de tes poètes, de ton histoire et de ta culture, tu as marqué de ton empreinte l’histoire de ce monde. Tu restes et resteras un phare pour les femmes et les hommes.

Je me permets de t’écrire ces choses parce que je t’ai, comme beaucoup, en affection.

Quand je pense à toi, j’entends sur les vitres, le vent d’ouest qui balaie la baie de Somme, j’entends Nougaro et sa pincée de tuiles rouges de Toulouse, je sens ton Mistral qui refroidit le passant à Avignon, je vois tes canaux du midi, le cours bouillonnant de ton Rhône, ton mont Saint-Michel émergeant du brouillard, les vagues impétueuses de ton golf d’Aquitaine, et tant d’autres choses encore.

Alors chère France, l’amie des gens, ne te laisse pas séduire par n’importe qui, ni par l’argent comme ailleurs, ni par les discours de ceux qui, s’ils obtiennent ta main, diviseront tes enfants.

Je fais la prière, France de mon cœur, que celui qui tiendra ta main sera digne de toi et des enfants, qu’il vous prendra tous par la main pour aller vers demain.

 

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