Une seule Foi, plusieurs Crédos

Foi

On attribue à tort [1] à André Malraux la citation suivante : « Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas ».

Force est de constater qu’il l’est. Malheureusement pas toujours très positivement quand on voit certaines formes et expressions extrêmement violentes que cela a pris depuis le début de ce siècle jusqu’à aujourd’hui.

Assez récemment est paru un ouvrage que tous devraient lire, toutes religions, philosophies ou convictions confondues tellement le contenu leur est ou pourrait leur être applicable.

Le titre à lui seul, en résume très bien le contenu : « Jésus avant les évangiles : Comment les premiers chrétiens se sont rappelé, ont transformé et inventé leurs histoires du Sauveur » [2] [3] de Bart D. Ehrman [4].

Porté par une excellente traduction française, le livre montre comment les mémoires individuelles et collectives des témoins directs d’abord, de ceux qui ont raconté à d’autres ensuite, ont déformé la réalité historique. Ces déformations furent involontaires mais aussi faites à dessein en fonction des circonstances et/ou des auditoires de l’époque.

Il n’y a rien d’étonnant à ces transformations puisque l’histoire de la vie de Christ Jésus fut à l’origine uniquement racontée à des populations majoritairement illettrées et où la tradition orale avait inévitablement largement cours.

Mais il devient assez remarquable que lorsque la mémoire écrite c’est-à-dire les évangiles, épitres et autres lettres, apparait 40 ans et plus après la mort du Christ, celle-ci connait également des évolutions.

Est-ce à dire que le message du Fils de l’Homme est déformé, faussé voire faux ? La réponse à cette question est donnée très clairement dans les conclusions.

Comme écrit l’auteur : « Il y a plus important pour la vie, le sens et la vérité, que la question de savoir si un fait s’est bien passé comme tel texte ancien le raconte » [5]

La vraisemblance historique importe peu. On se souvient toujours en fonction du présent ce qui conduit à une transformation du souvenir. La mémoire chrétienne n’y fait pas exception. Ce n’est pas parce que les souvenirs sont transformés ou déformés que les faits sont faux.

Et quand bien même certains faits ont été inventés, ce qui compte c’est l’essence du message qui nous a été laissé et qui façonne nos existences depuis deux mille ans.

Il faut toutefois signaler un aspect qui n’est pas abordé explicitement : celui des transformations issues des interprétations des textes. Cela fait certainement l’objet d’analyses distinctes.

Or, ces interprétations donnent aussi lieu à des transformations des textes. En soi, ces interprétations sont à considérer comme le signe que le message de Jésus Christ vit. Mais c’est aussi un facteur endogène de division et de discorde.

Il y a dès lors une Foi mais plusieurs Crédos. Et cela, nous le vivons tous les jours en ce XXIème siècle, car chaque interprétation se revendique être la bonne, celle de la vraie vérité.

Pour terminer ce billet, deux citations qu’il serait bien utile de méditer :

  • « La vérité n’est pas le bout du chemin ; elle est le chemin même» [6] ;
  • « Il y a un but, mais pas de chemin ; ce que nous nommons chemin est hésitation» [7].

***

[1] Parce qu’il l’a démentie (interview dans Le Point du 10/12/1975).

[2] Jesus Before the Gospels: How the Earliest Christians Remembered, Changed, and Invented Their Stories of the Saviour.

[3] Version française aux éditions Fayard, 2017, ISBN 978-2-227-489134.

[4] Spécialiste américain du Nouveau Testament, actuellement Professeur Émérite d’Études Religieuses à l’Université de Caroline du Nord (Chapel Hill).

[5] Page 393.

[6] Albert Camus.

[7] Franz Kafka.

 

 

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