Souvenirs souvenirs

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Une voiture roule à allure modérée sur l’autoroute. Ponts, canaux, aires de repos se succèdent.

Attentif à la route, le regard ne s’attarde guère sur le paysage qui défile sur les côtés. On le devine quadrillé par les diverses couleurs que peuvent prendre les champs de culture. On imagine au loin les clochers, les toits des maisons, l’existence d’une route ou d’un chemin que trahit la présence de réverbères. Ou encore, tout au loin, une brume floutant l’horizon après une quelconque ondée.

La route aborde une longue descente qui se scinde en son milieu sur la droite par un bras de sortie. On aperçoit alors au-dessus de la cime des arbres, dans le lointain embrumé, un beffroi et à sa droite, un panache de fumée, celui d’une cheminée de cimenterie.

L’habitacle du véhicule est rempli de vibrations, celles du tableau de bord ou d’autre chose, on ne sait trop.

C’est que l’état de la route n’est pas des meilleures. Elle est émaillée si pas de travaux par de nombreuses réparations. Une grande vigilance est mise. Le véhicule change de bande pour tenter d’éviter ces rustines que le trafic permanent des véhicules finit quand même par déformer.

On quitte enfin l’autoroute par une grande courbe qui vous fait repasser au-dessus et après quelques instants, apparaissent des géants qui, débonnaires et indolents, tournent lentement leurs bras dans l’air. Le véhicule s’arrête à leur hauteur. Pas de bruit si ce n’est celui du vrombissement des pales d’hélices. Est-ce cela le chant d’Éole ?

Le conducteur rédige un texto : « Dans 3 minutes » qu’il envoie. Il est presqu’arrivé.

Après avoir traversé le village par une route dont la voirie est aussi chaotique que celle de l’autoroute qu’on a quitté quelques instants auparavant, on tourne à gauche.

Et elle est là. Elle se dresse à quelques centaines de mètres à la sortie du village, solitaire, entourée de champs, comme presqu’aux confins du monde habité. Au-delà s’étendrait une terra incognita, un univers inconnu.

C’est un peu le cas d’ailleurs. Car en face d’elle, de l’autre côté de la route qu’on vient d’emprunter, c’est un autre pays qui commence.

On ne peut que l’entrapercevoir durant l’hiver et l’automne, on la devine les autres saisons, noyée dans le feuillage des arbres qui l’entourent.

Une grille en permet l’accès. Une très vieille grille car la charnière a dû être resoudée par un fermier du coin.

Un chemin sablonneux et gravillonné conduit aux annexes attenantes à l’arrière du bâtiment.

On longe d’abord ce qui est plutôt une prairie qu’une pelouse, tellement l’herbe est haute, et de l’autre côté une fenêtre de ce qu’on devine être la cuisine. La pelouse est bordée de plantes et fleurs, et puis d’arbres pourvoyant en ombre bienfaisante en été.

Un grand saule laisse tomber ses feuilles jusqu’à terre dans un coin au fond du jardin. Quand on est familier de l’endroit, on distingue aussi trois cognassiers.

On gare le véhicule devant une des annexes, dans le passé une étable surmontée d’un grenier pour le foin. Au fond, il y a encore deux rajoutes qui servent de garage pour d’autres voitures.

Sur le mur deux arbres à kiwis, un plant mâle et un plant femelle, étirent leurs branches sur le mur. Et tout en haut, accroché à la corniche, un lierre, dense, touffu que visitent encore en cette fin d’après-midi une multitude de papillons vulcain.

Elle est habitée par 2 femmes, la mère et la fille. Pas d’homme pour les protéger dans cet isolement.

C’était bon de faire un peu partie de cette famille solitaire. De se sentir aimé. De croire qu’on est encore un peu utile, encore un peu quelqu’un.

Welcome to the hotel California, such a lovely place, such lovely faces [i].

Endroit charmant et figures attachantes qui restent accrochés à la mémoire, mais qu’il faut oublier.

C’était il y a longtemps. C’était avant que tout ne change.

[i] Du groupe Eagles bien sûr (1977).

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