Gageure

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Il l’a vite réalisé : le passé pollue le présent. Se vouloir simplement amis après avoir été très proches, trop peut-être, relève de la gageure.

La relation s’asphyxie parce que la communication s’étiole. Chaque conversation, email ou texto que l’on espère pourtant, devient une déception. Pire un évènement douloureux.

On ne se parle plus librement. On n’ose plus de peur de blesser ou de raviver le passé ou d’avoir des reproches. Les choses dites deviennent sources de malentendus et d’incompréhensions. Les non-dits aussi. L’histoire continue mais en s’effondrant.

Et ça finit par un départ forcé d’une maison au bout d’un village perdu dans la nature, une conversation téléphonique qu’on termine abruptement.

Il arrive finalement un jour où il vaut mieux faire définitivement silence, revenir aux vies parallèles d’avant et qui n’auraient dû jamais se rejoindre, et laisser le temps passer son baume sur l’amertume des cœurs.

Ils sont loin les instants dérobés au temps, les pieds de nez à la société et à son ordre des choses. Elles sont désormais loin les mains qui se cherchaient et les regards qui se dérobaient au plus fort de l’étreinte.

Il est aussi loin le rêve d’un lien qui dure. Il eût fallu pour cela, tout se dire dès le début et oser s’attacher sans débordements.

Il faut maintenant tourner la page, changer de paysage, le pied sur une berge vierge, toucher l’autre rivage [i].

Il ne lui reste plus qu’à saluer une dame au grand cœur, à la chevelure un peu rousse parfumée à la verveine, et aux yeux si bleus qu’il ne pouvait que s’y perdre.

Ce n’est sans doute qu’un simple au revoir. Car la vie reste surprenante comme le fût leur rencontre. L’avenir leur réservera bien encore d’autres surprises, car, comme les droites parallèles, ils se rejoindront un jour à l’infini.

[i] Claude Nougaro.

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