
Dans la tradition chamanique, c’est par le rêve que nos âmes s’évadent chaque nuit. Et avant que ne pointe l’aurore, il faut qu’elles réintègrent les corps endormis sous peine d’errance si le chamane ne les retrouve pas.
Où s’en vont-elles de la sorte dans un univers invisible au nôtre mais pourtant parallèle, et que seul un initié est capable de visiter lorsqu’il est en résonance avec lui.
Sans doute ont-elles un rendez-vous avec les âmes des ancêtres, pour un secret et mystérieux conciliabule sur le passé et le futur, sur le bien et le mal du présent.
Sans doute rejoignent-elles les esprits des animaux que nos primo aïeux ont tués pour capter leur énergie vitale.
Sans doute aussi vont-elles à la rencontre des esprits des animaux tués par la vanité humaine, et dont l’espèce est à présent disparue. Il est à gager que cette catégorie est la plus nombreuse. Peut-être nos âmes leur demandent elles pardon.
Lorsqu’il dort – car il dort peu – son âme fait de même. Elle ne va donc jamais longtemps à la recherche d’une âme sœur.
Avec qui il serait bon de papoter de tout et de rien. D’échanger des moments de simple tendresse et plus si affinités, loin des vicissitudes des enveloppes charnelles. De rechercher ensemble ce que pourrait être le bonheur.
Mais souvent ce sont des âmes déjà recluses dans leur solitude, qu’elle rencontre.
Comme celle de cette femme, toujours déprimée et déprimante, résultat d’une séparation mal vécue. Inlassablement, c’est toujours les mêmes histoires qui reviennent : du temps de son mari …, son fils qui …, etc…
Ou d’une autre dont le cœur bat de plus en plus irrégulièrement et qui attend son départ, assise à sa fenêtre.
Ou encore celle d’une femme enfermée dans ses croyances qu’elle croit dur comme fer, qui n’ose pas s’en détacher de peur d’être rejetée du groupe qu’elle fréquente.
Enfin, la seule lueur d’espoir, celles de deux petites filles qu’il ne reverra pourtant plus. Elles sont le futur et lui, pour l’essentiel, de l’histoire ancienne.