
Il a rêvé d’un autre ailleurs. D’un ailleurs heureux, sans pauvreté ou sans barbelés, ou sans les deux. Un ailleurs où la vie est possible.
Alors il s’est cherché cette terre promise où déposer ses valises. Les yeux pleins d’étoiles, il a regardé vers ce qu’il croyait être un paradis, là-bas de l’autre côté de la grande mer.
Il a dit adieu à ses vieux. A une probable épouse et à des probables enfants, il a promis de les faire venir une fois arrivé dans la nouvelle Sion. Puis il a pris la route, traversé des déserts sur d’improbables véhicules, et peut-être aussi d’autres mers sur de frêles esquifs. Et il est arrivé sur cette plage.
Il s’est confectionné une ceinture de bouteilles plastiques vides et s’est mis à nager vers son Eden.
C’était sans compter avec l’eau froide de la grande mer, avec l’hypothermie qui le gagnerait et qui le paralyserait progressivement jusqu’à la mort. Au petit matin, on l’a retrouvé rejeté sur la plage, ramené par la mer sur le bord du rivage.
Combien sont-ils comme lui dépossédés de leur rêves, engloutis dans la grande mer, dans une indifférence quasi générale des Européens et de leurs dirigeants ?
Ont-ils oublié qu’eux-mêmes sont des descendants de gens qui ont un jour il y a plus ou moins très très longtemps, également migré?
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Cette petite histoire complètement fictive et sans aucune prétention fait suite à la lecture d’un ancien article d’un journal régional français (je ne sais plus lequel). Récemment un irakien avait tenté de rejoindre le Royaume Uni en voulant traverser la Manche au départ de la côte belge. Il s’était aussi fait une ceinture de bouteilles plastiques pour assurer sa flottaison. Comme quoi l’histoire ne fait jamais que se répéter.